Effacés du monde - Burkina-Faso - Téné - Mylene Zizzo
  
Effacés du monde - Burkina-Faso - Téné
Téné est une jeune fille de 12 ans.Elle vit dans un village dont le nom est Wapassi, qui se situe à 4 heures de route de Ouagadougou au Burkina Faso. Ce village qui n ‘est pas inscrit sur la carte géographique.Elle a été repérée par les membres de l’ association « Sentinelles » lorsqu’ elle avait 2 ans, en situation de malnutrition sévère et en phase aigue de Noma. Elle a déjà été opérée mais elle a gardé une séquelle : elle ne s’ exprime pas bien car sa langue reste bloquée sur le côté et à l’ extérieur de sa bouche. Ce qui est difficile à supporter pour elle. Je l’ ai rencontré pour la première fois le 30 Novembre 2013 dans son village et je l’ ai accompagnée tout au long de son aventure pendant la mission chirurgicale, organisée par  l’ Ong « Sentinelles ». Pendant un long mois et demi, elle doit affronter cette étape loin de sa famille.  
Téné est l’ une des victimes du Noma.


Qu' est ce que le Noma ?

Ses causes sont principalement le manque d'hygiène bucco-dentaire, la malnutrition ainsi que les maladies infectieuses (qui induisent une baisse des défenses immunitaire et facilitent l'installation et le développement du Noma). Le Noma est associé à des conditions de pauvreté extrême.

Lorsque j’ ai découvert le Noma en 2012, je me suis aperçue que souvent, les associations qui oeuvrent pour aider les personnes atteintes, mettent sur leurs sites des images qui ne ménagent pas vraiment le lecteur. Des photographies souvent en couleur qui stigmatisent les blessures et qui illustrent trop rapidement l’ horreur. Cela va donc à l’ encontre de l’ objectif de sensibiliser à la cause de cette maladie encore tabou en Europe.

A savoir : le Noma existait encore en Europe jusqu' au début du XXème siècle !

Mais nos conditions d' hygiène et de vie ayant augmenté, le Noma a progressivement disparu. Des cas de Noma ont étés décelés pendant la deuxième Guerre Mondiale dans les camps de la Mort.

Aujourd' hui et chaque jour encore : plus de 400 enfants (de 0 à 6 ans) sont touchés par cette maladie qui dévore leurs visages, et les conséquences sont irrémédiables.

Le Noma a cela d’ effrayant : quelques heures après les premiers symptômes et l’ inflammation, qui gangrène de manière foudroyante et qui débute par la bouche, il est déjà trop tard ! Il détruit à la fois les tissus mous et osseux du visage.
Le Noma ne prévient pas.

Le Noma nécessite une prise en charge dès les premiers symptômes sans quoi il risque d' entraîner la mort pour 80 % des victimes.
Les 20% restantes vivent avec un visage meurtri et un traumatisme important.

Etant très sensibilisée aux problématiques sociales et humanitaires en France et à l' étranger d’ une part, et tout comme le Noma mes sujets de prédilection portant sur des causes oubliées de l’ actualité, il m’ est apparu évident de travailler sur ce projet.

Donner une visibilité à ce qu' il est difficile d’ affronter visuellement et faire connaître le Noma au plus grand nombre. Sensibiliser les populations locales pour améliorer la prévention et favoriser une prise en charge qui serait plus efficace pour les petites victimes.
Voilà quelle est mon intention.

Effacés. Les gens que je photographie le sont à plusieurs niveaux : ils sont placés au dernier rang de leur société, et bien souvent malgré eux. Comme pour la lèpre, les victimes sont souvent rejetées par leurs propres communautés, car elles sont la preuve vivante d'une malédiction pour la famille et pour le village.
Effacés aussi car la maladie dévore leur visage. Noma vient du grec numein : dévorer.
Ils sont nés pauvres et ne sont souvent pas épargnés des mauvaises conditions de vie qui en découlent.

Les associations, qui travaillent principalement en Afrique, ont besoin de soutien.

En Amérique du Sud et en Asie du Sud, où il est certain que le Noma existe, aucune association ne s' est encore vraiment créée pour aider les enfants, qui meurent tous les jours dans l 'indifférence.

Mylène Zizzo
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